ERWAN : “ Tout ce que je ne vous ai jamais dit” ! (Série 2 “L’enfance”/ épisode 6 /6)

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Allumer le feu !

Seul inconvénient de ce système, c’est que mes émissions ne portaient pas plus loin que la distance que pouvait parcourir la force de ma voix et le volume de mon tourne-disques.
Il me fallait des auditeurs et là, j’allais aussi avoir une belle idée ; j’allais les trouver, là où ils étaient, c’est-à-dire dans la cour de récréation de l’école primaire de St Sauflieu.

À cette époque, je venais à peine d’avoir 10 ans, c’était au printemps 73, juste avant d’entrer au mois de septembre suivant en sixième ; j’avais un an d’avance.
L’école primaire de St Sauflieu est formée, encore aujourd’hui, de 2 bâtiments, dont l’un plus ancien, a la particularité d’avoir un large perron précédé de 3 marches, qui rejoint à chacune de ses extrémités, 2 salles de classe dont l’entrée est totalement à l’opposer l’une de l’autre.

Je ne sais plus comment l’idée m’est venue. Mais j’allais comme vous vous en doutez, en faire mon deuxième terrain de jeux.
En effet, j’ai vu à cet endroit, un podium, une scène où je pouvais faire mes émissions en public devant une audience inespérée : mes camarades de classe et ceux des autres sections.

Le seul problème, c’est qu’il n’était pas question que j’y amène mon électrophone.
Qu’à cela ne tienne ! Si je ne pouvais pas faire jouer mes disques, ce sont mes copains qui allaient chanter !
Et nous voilà partis tous ensemble, pour faire un show d’un bon quart d’heure, avec de mémoire Sheila et Ringo qui chantaient “Les Gondoles à Venise”, sous les traits de Marie-Françoise et de Philippe, de Nathalie et de Franck, quand ce n’était pas Renée, Sergine, ou Jocelyne avec Olivier, Christophe, et Jean-Luc… Mais aussi les tubes de Stone et Charden, “L’Aventura”, “Made in Normandie”… le tout orchestré d’une main de maître, par un animateur en chef, moi-même !
Sans oublier celles et ceux qui avaient le courage de chanter en solo, notamment les célèbres tubes Mike Brandt et de Michel Fugain !

Mes petits camarades interprétaient ces chansons a cappella, sans aucune hésitation, et plutôt assez bien, et ce sous les regards étonnés des instituteurs, qui venaient de s’apercevoir que tout ce petit monde connaissait bien mieux les paroles de ces rengaines, que les textes des fables de la Fontaine que nous devions réciter en cours.

Pour que cela fasse plus vrai, Franck, Olivier et Christophe, avec l’aide de leur père m’avait fabriqué des micros en bois qu’ils avaient peint : le manche était en blanc et la capsule fictive en marron. À l’extrémité basse, était cloué un fil électrique blanc, pour que cela fasse un peu plus véridique !

En quelque sorte, nous venions tous créer de manière rudimentaire, le Karaoké !

Ce show improvisé et quotidien, fut ébruité jusqu’aux oreilles de ma mère. J’étais jusqu’alors un élève très sage qui ne faisait jamais parler de lui, et voilà que je me distinguais de manière quelque peu singulière.
Quand ma mère aborda le sujet, j’ai d’abord cru que j’allais me faire rabrouer. Elle avait été mise au courant par Monsieur Jumel, mon instituteur. J’ai cru un instant que la fête était finie. Loin de là. Ma mère m’informa, l’oeil quelque peu fier, que bien au contraire, tout le monde m’encourageait à continuer, car pour la première fois, dans cette cour de récréation, il n’y avait plus aucune bagarre ! J’avais réussi à capter l’attention de tous et à distraire les petits comme les grands. Les instituteurs qui nous surveillaient en étaient aussi amusés que ravis !

J’ai compris à ce moment-là, que la musique pouvait adoucir les moeurs. J’ai aussi découvert, un trait de ma personnalité, celui d’avoir l’aptitude de mettre un peu de joie dans le coeur de chacun. Mais aussi de constater, que cela avait même pour effet de pacifier une cour de récréation toute entière. J’ai gardé de ces moments bénis une certain amour pour la chanson française populaire.

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